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  <title>Delyo Dobrev | Blog</title>
  <subtitle>Writing on counter/culture, tech/scepticism and stuff from an anarchist view.</subtitle>
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  <updated>2026-06-04T00:00:00Z</updated>
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  <author>
    <name>Delyo</name>
    <email>sayhi [at] delyo [dot] be</email>
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    <title>PPPublishing Machines restitution</title>
    <link href="https://delyo.be/blog/rants/2026-06-04-pppublishing-machines/"/>
    <updated>2026-06-04T00:00:00Z</updated>
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    <content xml:lang="en" type="html">&lt;p&gt;Revenu de la rencontre PPP récente et reposé, je me lance dans un retour d&#39;expérience de ces deux jours remplis de réflexion.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;À titre personnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Premièrement, je tiens à remercier celleux qui ont pris l&#39;initiative de participer. Merci aussi à Julien et Corentin qui ont endossé (de ce que j&#39;ai compris) l&#39;organisation de l&#39;évènement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#39;y ai rencontré des têtes que je ne connaissais que de nom auparavant, ce qui me fait bien plaisir, merci à vous de m&#39;avoir supporté. J&#39;en reviens motivé, déjà lancé dans quelques projets, dont certains que je priorise davantage sur mes projets personnels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#39;en reviens aussi convaincu plus qu&#39;avant que c&#39;est bien la communauté PrePostPrint et son esprit de coopération et d&#39;échanges qu&#39;il faut chérir, bien plus que tout outil ouvert, subversif, ou fait main qu&#39;on crée.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Ce qui s&#39;est passé&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;À cause de sa localisation, cette édition de PrePostPrint comptait moins de personnes que ma première expérience à Paris. Pas tout le monde peut s&#39;offrir de gros trajets en train, que ce soit par cause du temps de trajet ou de son coût. On était donc une douzaine à se rencontrer. La parité de genre aussi n&#39;était vraiment pas au top, mais je blâme de nouveau davantage la localisation de la rencontre qu&#39;autre chose. D&#39;un autre côté, ce petit nombre de personnes nous a donné l&#39;opportunité de nous concentrer sur des discussions en intimiste constantes, autant portant sur le futur du groupe informel qu&#39;est PPP que sur les enjeux de nos pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Étant donné que tout cela s&#39;organisait dans le cadre de la Biennale de design graphique - Aperçu, la salle qui nous était dédiée a ponctuellement été utilisée pour un cycle de présentations qui ne concernait pas PPP. Le week-end est donc passé extêmement vite, cela nous a donné moins de temps pour faire des présentations ou pour travailler ensemble sur nos pratiques, même en petit comité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point humour: à la mi-temps de ce cycle de présentations sur le &lt;em&gt;motion design&lt;/em&gt;, une présentation d&#39;outils gratuits (c-à-d. non pas &lt;em&gt;libres&lt;/em&gt;) nous a fait réaliser à quel point nos pratiques sont différentes de celles du milieu &lt;em&gt;motion&lt;/em&gt;. J&#39;illustre, on écrit nos outils à la main, branchant scripts et programmes ensemble parfois à l&#39;aveuglette, tatonnant dans le noir de l&#39;invité de commande et essayant, les béchers et erlenmeyers numériques que sont nos ordinateurs (pour la plupart «faibles» et reconditionnés) nous explosant à la figure, jusqu&#39;à ce qu&#39;on sorte quelque chose de fiable, pour lequel on finit par avoir de l&#39;affect tellement nos empreintes digitales ont couvert les claviers. Nous parler d&#39;outils «gratuits» qui viennent de sortir, aux boutons animés et manettes rondess et brillants d&#39;un bleu-mauve intelligenc&#39;artificiellesque, proclamant tous être le dernier outil dont tu auras besoin, cela a le mérite de ne pas du tout nous donner confiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a eu le plaisir de se présenter quelques expériences (pour ne pas forcément dire &lt;em&gt;outils&lt;/em&gt;), dont l&#39;interface nodale &lt;strong&gt;NUI-Magick&lt;/strong&gt;, la machine à zine &lt;a href=&quot;https://codeberg.org/julienbidoret/zinzine&quot;&gt;&lt;strong&gt;Zinzine&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt; de &lt;a href=&quot;https://accentgrave.net/&quot;&gt;Julien Bidoret&lt;/a&gt;, une édition de &lt;a href=&quot;https://xn--brul-epa.net/site/&quot;&gt;Corentin Brulé&lt;/a&gt; proclamant une défense des caractères Fraktur contre leur appropriation par les neo-nazis, un zine web-to-print intégrant randomness et l&#39;illustration d&#39;un supernova par un des membres du collectif &lt;a href=&quot;https://www.instagram.com/composite310/&quot;&gt;Composite 310&lt;/a&gt;, un environnement pour jouer avec le web-to-print et apprendre le CSS par &lt;a href=&quot;https://julie-blanc.fr/&quot;&gt;Julie Blanc&lt;/a&gt;, et encore d&#39;autres (excusez ma mémoire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on a surtout réfléchi à l&#39;importance de donner un positionnement et une situation à nos productions, et aux manières de les activer.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Thèmes abordés&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En honneur de sujet de débat, réflexion, discussion et encore d&#39;autres mots qui me feront passer pour un wannabe-intellectuel, était évidemment «l&#39;Outil» (majuscule, comme Église). Nous fabriquons des outils, et ces outils que nous ne fabriquons pas nous-même, nous branchons et déformons à notre guise. Lors de sa présentation, Lucile Haute a bien mentionné comme raison pour ce faire la volonté de s&#39;extirper des logiques productivistes, fructifiéristes du marché et des tendances dans les outils du design. Mais l&#39;outil numérique n&#39;est qu&#39;un (et qu&#39;un seul) moyen de production. D&#39;autant plus s&#39;il est «libre» donc modifiable par quiconque, il se retrouve dans cet interstice qui le rend à la fois subversif par la volonté qu&#39;on lui a prêté à être réemployé, mais aussi appropriable par ces mêmes malheureux acteurs des logiques auxquelles on tente d&#39;échapper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l&#39;Outil n&#39;est jamais à considérer sans son contexte d&#39;utilisation, et d&#39;autant moins sans son contexte de diffusion. Le «bon usage» viendrait alors non pas de l&#39;outil mais de la dynamique de groupe dans laquelle il se déploiera, l&#39;échange de confiance qui le facilitera, et les fins qu&#39;il facilitera à son tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TL;DR: &lt;a href=&quot;https://www.yanntrividic.fr/articles/apres-le-libre/&quot;&gt;Après le Libre&lt;/a&gt; et &lt;a href=&quot;https://www.delyo.be/blog/rants/les-outils-ne-nous-libereront-pas/&quot;&gt;Les outils ne nous libèreront pas&lt;/a&gt;, mais avec l&#39;ajout par dessus de se motiver à penser au sein de PPP à comment mettre en place ces pratiques collectives plus concrètement qu&#39;avec un serveur Matrix et des discussions par le Fédivers.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Et donc..?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et donc la question est venue de développer des idées pour faciliter l&#39;accès aux futures rencontres, par exemple en mutualisant les sous nécessaires au trajet de chacun·e, ou de trouver un moyen de coupler une rencontre à un atelier-résidence, en quête de fonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc l&#39;idée aussi est venue de réfléchir à un futur moment plus long, durant une semaine plus ou moins, pendant laquelle nous pourrions nous réunir sans machines, ou sans internet, ou sans autre chose, pour donner notre attention aux questions philosophiques qui encadrent nos multiples pratiques. Ces questions sont là, sont souvent posées par des articles comme celui-ci, des publications sur le Fédivers, ou des messages dans l&#39;espace Matrix, mais l&#39;énergie dédiée se dissipe souvent plus tôt que les réponses n&#39;y viennent. Cette semaine, de préférence entourée de nature, nous permettrait de renforcer le positionnement et la cohésion de groupe de PPP. Un team-building sans la startup, en quelque sorte. PrePostPersonnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre idée est venue d&#39;ouvrir PrePostPrint à celleux sans compte Matrix, en créant cette fois-ci un aggrégateur en ligne qui liste les discussions sur le Fédivers avec le label &lt;code&gt;#PrePostPrint&lt;/code&gt;, et de travailler en groupe sur des outils plutôt que dans son coin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#39;ai sûrement oublié des éléments, n&#39;hésitez sourtout pas à me rappeler lesquels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques acronymes pour finir:&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;PiconPastisPinard&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;PrePostProst!&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;J&#39;ai oublié les autres...&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
</content>
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  <entry>
    <title>Link Dump 07 - May 2026</title>
    <link href="https://delyo.be/blog/rants/linkdump-07/"/>
    <updated>2026-05-25T00:00:00Z</updated>
    <id>https://delyo.be/blog/rants/linkdump-07/</id>
    <content xml:lang="en" type="html">&lt;p&gt;I haven&#39;t done a linkdump in a big while. On the menu are many small things. There&#39;s a lot of reading.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Parsing&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;I needed a parser for &lt;a href=&quot;https://delyo.be/experiments/stretchtext&quot;&gt;my stretchtext implementation&lt;/a&gt;, and for that, I had to define what my syntax is. So:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://peggyjs.org/documentation.html&quot;&gt;PeggyJS&lt;/a&gt; - a tool to generate your own syntax parser according to Parsing Expression Grammar rules&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://phrogz.net/js/pegsh/&quot;&gt;PEGSH&lt;/a&gt; - an online space to test out Parsing Expression Grammar rules by coloring the output text. It&#39;s a fun way to get into formal languages and understanding parsing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Parsing_expression_grammar&quot;&gt;Parsing Expression Grammar - Wikipedia&lt;/a&gt; - The Wiki page to learn how many parsers work.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Tools&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A couple of interesting tools, standalone or embeddable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://ncase.me/nutshell/&quot;&gt;Nutshell&lt;/a&gt; by Nicky Case - expandable, embeddable explanations, or bubbles that pop out when you click on a piece of text. This is sort of analogous to Stretchtext.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://tristen.ca/tablesort/demo/&quot;&gt;Tablesort&lt;/a&gt; - Apparently, you can sort HTML tables the easy way.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://hlnet.neocities.org/hershey/&quot;&gt;Hershey Font Editor&lt;/a&gt; by Heikki Lotvonen - a single-stroke font editor in the web, which uses an interesting method for curves.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Design&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Websites with interesting design ideas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://typeset.djr.com/&quot;&gt;DJR Typesetter&lt;/a&gt; by David Jonathan Ross is another, very nice way of showing a font catalog while leaving full control to the user.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://gwern.net/design&quot;&gt;Design of Gwern.net&lt;/a&gt; - a selfsplanation of the design and web typography choices on this beautiful website.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Reading&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://news.spencer.place/p/the-internet-has-no-benches&quot;&gt;The Internet has no benches&lt;/a&gt; by Spencer Chang - where are the hangouts, the non-commercial spaces, the take-a-breathers of the Web?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.3ammagazine.com/3am/no-one-is-bored-everything-is-boring/&quot;&gt;No One is Bored, Everything is Boring&lt;/a&gt; by the late Mark Fisher - insight into today&#39;s anxiety-ridden world and the reasons thereof (spoiler: we are &lt;strong&gt;in&lt;/strong&gt; cyberspace).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://networkcultures.org/longform/2025/11/07/theory-of-the-stretched-image/&quot;&gt;Theory of the Stretched Image&lt;/a&gt; by August Kaasa Sundgard - what&#39;s with the horor vacui? A dive into the systems that dictate our aspect ratios.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.solidaritycollectives.org/en/toxic-pacifism-interview-with-mira-2/&quot;&gt;Toxic Pacifism&lt;/a&gt;, an interview by Solidarity Collectives, confronts anarchists and so-called anti-authoritarians who refuse to see why Ukrainians fight, and simplify their opinion down to platitudes about pacifism.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.404media.co/your-ai-use-is-breaking-my-brain/&quot;&gt;Your AI Use is Breaking my Brain&lt;/a&gt; by Jason Koebler - AI doesn&#39;t only impact its users, we are all affected somewhere down the line, and for the worst.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Listening&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;And because I got into Mark Fisher lectures lately, here&#39;s one:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://www.youtube.com/watch?v=deZgzw0YHQI&quot;&gt;All of this is temporary&lt;/a&gt; by Mark Fisher - capitalist realism, the cancellation of the future, the 80s decline of time, community, and spaces of cohesion...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;See you later.&lt;/p&gt;
</content>
  </entry>
  <entry>
    <title>Typographie bulgare, partie 1, une histoire du cyrillique</title>
    <link href="https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/"/>
    <updated>2026-02-05T00:00:00Z</updated>
    <id>https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/</id>
    <content xml:lang="en" type="html">&lt;p&gt;Quand j’ai commencé mes études de graphisme, il y a presque neuf ans à la Nouvelle Université Bulgare de Sofia, notre professeur du cours de &amp;quot;composition graphique&amp;quot; nous a donné une règle pour les rendus à venir: quand vous faites des compositions typographiques en bulgare, dit-il, utilisez l’alphabet Cyrillique bulgare. C’est une tâche qui me semblait difficilement surmontable à l’époque. Bien sûr, je connaissais la variante Cyrillique bulgare, je connaissais ses formes et je l’utilisais couramment sous sa forme manuscrite. Mais mis à part quelques trois caractères typographiques dessinés par Fontfabric – un studio de typographes de Sofia – je ne connaissais pas d’autres ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je constate aujourd’hui que je n’étais pas seul. Cette branche très niche de la typographie est très peu investie pour plusieurs raisons.&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Le manque de caractères typographiques bulgares&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Premièrement, l’alphabet Cyrillique est en général fortement sous-représenté dans l’éventail de caractères typographiques numériques au niveau global. Pas étonnant: le graphisme est une scène déjà petite, et l’intérêt poussé pour la production concrète de formes typographiques est encore un sous-groupe dans cette scène, sa grande majorité se focalisant non sur les détails typographiques mais sur l’Image dans son ensemble. L’image ou identité de marque et la composition de posters ou de publications domine l’éventail des projets publiés en ligne. La scène de la conception typographique est une scène de &lt;em&gt;nerds&lt;/em&gt; (notez un accent comique dans ce terme, je ne souhaite insulter personne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S’ajoute à cela le fait que pour que le dessin de caractères soit investi d’un effort et d’un intérêt plus large, il faut des institutions pour le promouvoir, l’enseigner, le montrer au public. Les fonds investis dans ces institutions sont déjà minimes en Europe de l’est et dans les pays du script cyrillique. Ces institutions sont aujourd’hui naissantes en Bulgarie, allant main-en-main avec la scène du graphisme, et ayant à peine existé auparavant sous la forme de petits comités à l’intérieur de l’Académie Nationale des Beaux-Arts de Sofia. Nous ne pouvons qu’être heureux de la croissance de telles initiatives, mais il est important de noter à quel point la scène de la conception typographique est jeune en Bulgarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisième raison est le manque de reconnaissance générale, même au sein de la Bulgarie, de notre variante locale du script cyrillique. En effet, ce n’est qu’en 2024 que par un projet initié par le Ministère de l’éducation, avec le soutien de l’Académie Bulgare des Sciences, qu’il est codifié comme forme officielle imprimée de la langue bulgare. Sa forme manuscrite, cependant, est utilisée depuis très longtemps. Cette évolution rappelle celle de l’alphabet cyrillique au XVIIIe siècle, qui reçoit des variantes minuscules neuf siècles après sa création. Certaines de ces formes minuscules existaient déjà à cette époque, mais seulement en écriture manuscrite. Le retard de cet évènement de 2024 est aussi en partie responsable du manque de créations typographiques bulgares numériques ou numérisées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En résumant, pour que le caractère bulgare soit représenté et alimenté en choix, il faut des dessinateur·ices bulgares investi·es et organisé·es, une adoption plus large des typographies existantes et un intérêt de la scène globale typographique sur l’enjeu de cette forme de cyrillique. C’est en partie pour ce dernier point que j’écris l’article, en espérant alimenter des discussions dans la communauté de graphistes francophones, et à cause du manque de ressources en français.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#39;entame cet article par une première partie, consacrée à l&#39;histoire du cyrillique, jusqu&#39;à la proposition au milieu du XXe siècle d&#39;un alphabet qui se refait une beauté sous le nom de « cyrillique bulgare. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonne lecture; dirigez vos insultes vers mon adresse mél, et votre avidité d&#39;en savoir plus vers mon profil Buy Me A Coffee. (9 ont été consommés pour écrire ce billet de blog.)&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Une brève histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l’appelle cyrillique, mais ce n’est pas Cyrille, de l’acclamé duo de consultants en traduction de textes de foi Cyrille et Méthode (je vous prie d’accepter cet aparté humoristique - &lt;em&gt;ndlr&lt;/em&gt;), qui l’a inventé. C’est bien un de leurs élèves, Clément d’Ohrid (Kliment Ohridski), qui dessine l’alphabet cyrillique en empruntant la forme onciale de l’écriture grecque, aux alentours de l&#39;an 890. Il y ajoute quelques caractères qu’il considère adaptés au parler bulgare de l’époque, et emprunte quelques autres à l’alphabet Glagolitique, que le sus-cité Cyrille (alias Constantin-Cyrille le Philosophe, &lt;em&gt;ça pèse! – ndlr mdr&lt;/em&gt;) a créée à l’aide de son frère Méthode. Leurs noms côte-à-côte sont dignes d&#39;une tête d&#39;affiche en festival drum and bass.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/Miroslav&#39;s_Gospel_001.jpg&quot; alt=&quot;Une forme initiale de l’alphabet cyrillique - Miroslav&#39;s Gospel, Serbie, 1180&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Les Vyaz, ligatures cyrilliques&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Aux alentours du XIIIe siècle (de ce que j’ai pu constater dans les archives en ligne) apparaît une particularité du titrage: les formes onciales deviennent plus étroites et donnent place à des ligatures. Les lettres sont verticalement allongées et très condensées. J’ai trouvé plusieurs noms pour cette pratique: le Vyaz (Вяз, Везани букви) qu’on peut étymologiquement traduire par lettres liées, brodées. Le terme allemand &lt;a href=&quot;https://de.wikipedia.org/wiki/K%C3%BCrzende_Graphie&quot;&gt;Kürzende Grafie&lt;/a&gt; semble être le seul, hors du bulgare et du russe, à traduire cette pratique graphique. Cette technique peut être vue sur des documents &lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:%D0%91%D0%B4%D0%B8%D0%BD%D1%81%D0%BA%D0%B8%D0%B9_%D1%81%D0%B1%D0%BE%D1%80%D0%BD%D0%B8%D0%BA.png#/media/%D0%A4%D0%B0%D0%B9%D0%BB:%D0%91%D0%B4%D0%B8%D0%BD%D1%81%D0%BA%D0%B8%D0%B9_%D1%81%D0%B1%D0%BE%D1%80%D0%BD%D0%B8%D0%BA.png&quot;&gt;comme celui-ci&lt;/a&gt; au plus tôt à partir du &lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:RilskaGramota.JPG&quot;&gt;XIIIe&lt;/a&gt;, mais évolue durant les siècles suivants et donne naissance à certaines normes fixées dans l’écriture au sein de l’Église orthodoxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Aparté: certaines ressources en ligne représentant des institutions russes ont la fâcheuse tendance à russiser le Vyaz comme ils font avec le cyrillique, sans mentionner son utilisation initiale dans des&lt;/em&gt; textes slaves du Sud &lt;em&gt;(c’est à dire la Valachie, Macédoine, Thrace etc.) Il est important de noter que ce genre d’historicisme efface par petits coups soi-disant innocents la diversité de l’écriture cyrillique. Ses origines, étant encore disputées, prouvent une complexité historique n’ayant que beauté et mystère à offrir face à l’affirmation chauvine, impérialiste, et homogénéisante «C’est nous qu’on l’a fait!» – que celle-ci soit proclamée par des russes, des bulgares ou des macédoniens.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/SR000004.JPG&quot; alt=&quot;Vyaz ou lettres brodées dans le titre&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Déplacement en territoire russe&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Avec l’occupation ottomane du XIVe siècle l’évolution du cyrillique en Bulgarie perd de son élan, un tel développement nécessitant un financement actif des monastères et des commandes de manuscrits. &lt;em&gt;(Vous trouverez en bulgare le terme &amp;quot;esclavage turc&amp;quot; – qui n’est ni l’un ni l’autre, sans que cela n’enlève quoi que ce soit à la brutalité et l’injustice de l’époque.)&lt;/em&gt; C’est le territoire de l’ancienne Rus’ de Kiev et de la nouvelle Moscovie, converti au christianisme au IXe-Xe siècles , qui prend l’élan des développements de l’écriture cyrillique. Sauf l’évolution à moindre mesure des dessins des lettres propre à la transmission de l’écriture, ainsi que le développement des &lt;em&gt;Vyaz&lt;/em&gt; dans les textes ecclésiastiques, on ne note pas plus de changements jusqu’au début du XVIIIe siècle.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Les premières impressions en cyrillique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps (les typographes-imprimeur·euses seraient intéressées) se développent les premières impressions en cyrillique, notamment la première impression du livre &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Octoechos_(liturgy)&quot;&gt;&lt;em&gt;Octoechos&lt;/em&gt;&lt;/a&gt; datée de 1491. Cette publication est &lt;a href=&quot;https://www.jstor.org/stable/3001048&quot;&gt;imprimée par Schweipolt Fiol&lt;/a&gt; (&lt;em&gt;ou Szwajpolt, Sweipolt, Viol&lt;/em&gt;) est composée de caractères mobiles gravés par Rudolf Borsdorf, étudiant de l’Académie de Cracovie, dans un style &lt;em&gt;semi-&lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Ustav&quot;&gt;ustav&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, (déclinaison du style oncial), et un accord d’usage exclusif est conclu entre le graveur et l’imprimeur. Il me semble plus probable que les titres soient coupés en un bloc plutôt que composés de caractères mobiles, du fait des ligatures et inclinaisons des fûts qui ne suivent pas des lignes verticales. Cela préserve la qualité graphique des lettres &amp;quot;brodées&amp;quot; – &lt;em&gt;Vyaz&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/Octoechos_of_Schweipolt_Fiol,_title_page.jpg&quot; alt=&quot;Page de titre de Octoechos&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’intégralité de cette publication est disponible &lt;a href=&quot;https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/3/3b/Octoechos_of_Schweipolt_Fiol.pdf&quot;&gt;ici&lt;/a&gt; et quelques pages extraites sont visibles &lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Octoechos_of_Schweipolt_Fiol&quot;&gt;sur ce lien&lt;/a&gt;. Une numérisation qualitative des caractères est publiée sur &lt;a href=&quot;https://typoteka.pl/en/typeface/fiol-cyrylica&quot;&gt;l’index des typographies polonaises&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;L’alphabet renaît&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En 1707 apparaît l’alphabet civil, sur décret du Tsar Pierre Ie. Dans un élan modernisateur ciblé vers européanisation de la Russie qui change profondément beaucoup de structures de l’État, la réforme de l’alphabet cyrillique accompagne nombre d’autres mesures pour moderniser l’image de la société russe à l’international. Cet alphabet introduit l’écriture de formes minuscules discrètes et modifie certaines majuscules à l’image des formes calligraphiques de l’alphabet Latin. Il fait fis, aussi, de certains caractères plus proche des formes glagolitiques comme les &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Yus&quot;&gt;Yus Ѧ Ѫ&lt;/a&gt;, le petit Yus Ѧ ayant évolué entre-temps en Ya Я. Selon certaines &lt;a href=&quot;https://library.oapen.org/bitstream/handle/20.500.12657/104667/44375.pdf?sequence=1&quot;&gt;sources&lt;/a&gt; la réforme prend plus de temps que prévu pour pénétrer profondément l’éducation en Russie, mais change tout de même l’orthographe. Pendant les décennies qui suivent, les formes de l’alphabet civil sont déclinées et modifiées dans l’usage, et la majorité des minuscules prennent l’allure de majuscules rétrécies que l’on reconnaît dans l’alphabet cyrillique international aujourd’hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/ru_al.png&quot; alt=&quot;Changements des lettres dans l&#39;alphabet civil de la réforme pétrine de 1707&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Russian_alphabet_(marks_by_Peter_I),_page_5.gif&quot;&gt;Sur ce lien&lt;/a&gt; et consultable une table des lettres supprimées ainsi que leurs substitutions.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Retour en Bulgar(i)e&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En Bulgarie, on peut voir dans les archives numérisées de la &lt;em&gt;Bibliothèque nationale Cyrille et Méthode&lt;/em&gt; des manuscrits datant de cette époque, alors encore sous l’occupation Ottomane. &lt;em&gt;Il est regrettable que le système de la bibliothèque en ligne ne permette pas de copier un lien vers la page d’un dossier spécifique en y incluant les métadonnées. J’invite cependant à consulter par vous-même la &lt;a href=&quot;https://digilib.nationallibrary.bg/slr/public/viewua&quot;&gt;liste des manuscrits vieux-slaves&lt;/a&gt; avec interface en anglais pour apprécier la particularité de l’écrit. Je lie aussi une &lt;a href=&quot;http://digilib.nationallibrary.bg:8082/show-sr?id=227&quot;&gt;copie manuscrite datée 1833 de « Histoire slave-bulgare »&lt;/a&gt;, en consultation malheureusement sans les métadonnées.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il manque cependant des éditions imprimées. Il en existe, depuis les premières impressions de Schweipolt Fiol, en passant par le &lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Four_Gospels_of_T%C3%A2rgovi%C8%99te&quot;&gt;Tetraévangile de Targovishte&lt;/a&gt;, écrit en cyrillique et vieux slave et imprimé en Valachie en 1512, jusqu’au &lt;a href=&quot;https://www.loc.gov/item/76527856/&quot;&gt;Kiriakodromion&lt;/a&gt; (tr.lit. Le livre du jour du seigneur) de Sofroniy de Vratsa produit en 1806, considéré comme le premier livre imprimé en bulgare moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/kiriakodromion.png&quot; alt=&quot;Kiriakodromion&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;La première presse bulgare&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C’est cependant seulement en 1839 que la première presse bulgare a été créée à Thessalonique par &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Theodosius_of_Sinai&quot;&gt;Théodose de Sinaï&lt;/a&gt;, un prêtre d’origine macédonienne (n’offusquons personne, nous avons des histoires communes.) En inspectant les illustrations du &lt;a href=&quot;https://www.eurochicago.com/wp-content/uploads/2021/03/White-Book-About-the-Language-Dispute-Between-Bulgaria-and-Republic-of-North-Macedonia.pdf&quot;&gt;Livre Blanc sur le contentieux linguistique entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord&lt;/a&gt; (Zut, n’en sortira-t-on jamais?) aux pages 95-97, on perçoit que les caractères mobiles utilisés ont la forme des &lt;em&gt;semi-ustav&lt;/em&gt; (semi-onciales), intouchées par la réforme Russe datant de 130 ans auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/Screenshot%20From%202026-01-31%2023-17-02.png&quot; alt=&quot;Facsimile ofthe title page of the book „Initial Doctrine with Morning Prayer in Slavic- Bulgarian and Greek“ 1838 printed by Theodosiy Sinaitski, Tiré de l’édition mentionnée&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon l’article Wikipedia dédié à l’imprimeur, la page 147 de &lt;em&gt;Europe and the Black Sea Region: A History of Early Knowledge Exchange (1750-1850)&lt;/em&gt; comporte une liste de donneurs à Thessalonique dans laquelle apparaît celui de qui aurait été acquise la presse, &amp;quot;un homme juif de l’Empire russe&amp;quot;[sic], et un certain Demetrius serait le typographe à l’origine des caractères mobiles utilisés. &lt;em&gt;Les images étant très comprimées dans le PDF, je ne suis pas en mesure de vérifier cette information.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Une didone bulgare... hackée?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;En visitant les archives digitales j’aperçois un livre publié en 1842, imprimé à Pest (Hongrie) en Bulgare, composé en didone (qui est une classification de typographie transitionnelle avec un haut contraste entre pleins et déliés et des fûts épais.) Avant cette entrée dans la liste de publications numérisées, on peut observer des impressions en caractère &lt;em&gt;semi-ustav&lt;/em&gt; (quoique de plus en plus nettoyé) en bulgare, comportant les lettres que l’écriture russe a éliminés et que le bulgare a gardé comme le Grand Yus. On observe aussi des livres écrits en bulgare composés en didone, mais manquant le Yus et visiblement incorporant des caractères russes, cette fois-ci imprimés dans des régions de l’empire russe (comme Odessa, ou vivait un nombre non-anodin de bulgares.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, dans cette entrée intitulée &lt;em&gt;Chants et proverbes populaires bulgares&lt;/em&gt; (Български народни песни и пословици), les numérisations montrent une didone avec un Grand Yus, et les métadonnées signalent que le texte est bien en bulgare, écrit par un auteur bulgare, quoique imprimé à Pest, ville plus tard réunie à Buda pour former la capitale hongroise Budapest. L&#39;imprimerie citée est « БаймеловѪтѪ типографiя » (tr.: La typographie de Beimel). &lt;a href=&quot;https://petofikozossege.mnl.gov.hu/beimel-jozsef&quot;&gt;Joszef Beimel&lt;/a&gt; est bien un imprimeur &lt;a href=&quot;https://gondolatkiado.hu/webshop/tortenelem-es-politologia/kozfenyt-gyarapitni-beimel-jozsef-es-kozma-vazul-pesti-nyomdajanak-tortenete-es-nyomtatvanyai/&quot;&gt;relativement important&lt;/a&gt; dans la ville de Pest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/%D0%BF%D0%B5%D1%81%D0%BD%D0%B8-%D0%B8-%D0%BF%D0%BE%D1%81%D0%BB%D0%BE%D0%B2%D0%B8%D1%86%D0%B8.png&quot; alt=&quot;Български народни песни и пословици 1842&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/bg-narodni-pesni.JPG&quot; alt=&quot;Български народни песни и пословици 1842&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Grand Yus parait particulièrement différent des autres lettres. Il se peut que la forme particulière, ressemblant plus au glagolitique qu’au cyrillique et croisant trois traits (un fût et deux obliques) en son centre, soit difficile à redessiner en forme transitionnelle, la rendant légèrement différente des autres caractères. Mais si j’ose la spéculation, il se peut aussi que la forme ait été créée sur-mesure en quelques exemplaires et introduite dans un coffret de caractères mobiles russes qui avaient déjà des typographies didones. Il serait facile d’y trouver une place en remplaçant la case dédiée aux « Э » russes pour y introduire « Ѫ ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un cas ou dans l’autre, c’est la première édition dans la liste de l’archive numérisée de la Bibliothèque nationale bulgare qui comporte un texte composé entièrement en caractères bulgares modernes (non-onciales). Si quelqu’un·e a un contre-exemple, je serais ravi de le voir et l’inclure.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Transition vers les transitionnelles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Après cette période, on retrouve quelques autres éditions en alphabet &lt;em&gt;semi-ustav&lt;/em&gt;, puis on voit apparaître à partir de 1845 plus régulièrement les Yus, aux contours mieux définis (et reprenant clairement le contraste transitionnel), dans des éditions en typographie transitionnelle. Il en est le cas même dans des éditions bilingues bulgare-russe imprimées à Moscou, témoignant de l’intérêt croissant d’une nouvelle typographie bulgare, à une époque où le territoire bulgare voit très peu d’imprimeries.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit aussi une présence croissante des titres en caractères à empattements gras &amp;quot;slab serif (angl.)&amp;quot; ou décoratifs, comme des formes de lettres où l’on dessine les bords extérieurs et un effet «ombre» sans remplissage. Cette évolution, ainsi qu&#39;à sa suite l&#39;apparition lente mais croissante de publications périodiques composées avec des caractères propres au bulgare (présents jusqu&#39;à la &lt;a href=&quot;https://bg.wikipedia.org/wiki/%D0%9F%D1%80%D0%B0%D0%B2%D0%BE%D0%BF%D0%B8%D1%81%D0%BD%D0%B0_%D1%80%D0%B5%D1%84%D0%BE%D1%80%D0%BC%D0%B0_%D0%BD%D0%B0_%D0%B1%D1%8A%D0%BB%D0%B3%D0%B0%D1%80%D1%81%D0%BA%D0%B8%D1%8F_%D0%B5%D0%B7%D0%B8%D0%BA_%D0%BE%D1%82_1945_%D0%B3%D0%BE%D0%B4%D0%B8%D0%BD%D0%B0&quot;&gt;réforme de 1945&lt;/a&gt;), me laisse penser 	que des relations commerciales auraient été établies entre des fonderies du territoire russe et des imprimeurs du territoire bulgare. À la suite, il ne serait pas étonnant que la fabrication de polices de caractères en plomb se soit implantée en Bulgarie, mais cela serait l&#39;objet d&#39;une autre étude, en prenant en compte le format de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/dunav-30_juli_1886.JPG&quot; alt=&quot;dunav-30_juli_1886.JPG&quot; /&gt;
&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/narodnost-bucarest-1_dekemvri_1867-BG.JPG&quot; alt=&quot;narodnost-bucarest-1_dekemvri_1867-BG.JPG&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;a href=&quot;https://digilib.nationallibrary.bg/prd/public/&quot;&gt;portail d’archives des éditions périodiques&lt;/a&gt; montre des numérisations de journaux quotidiens, hebdomadaires et mensuels de 1844 à 1944. Une grande partie des premiers ouvrages sont imprimés hors du territoire bulgare, comme en Roumanie ou en Serbie. Le premier journal sur la liste, Lyuboslovie (Любословие) N°1 datant d&#39;avril 1844, est composé en caractères &lt;em&gt;semi-ustav&lt;/em&gt;. La faible disponibilité de caractères modernes (transitionnels, didones) dans un pays avec une presse à peine naissante aurait pu motiver ce choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/lyuboslovie-april_1844.JPG&quot; alt=&quot;Lyuboslovie N°1 - couverture&quot; /&gt;
&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/lyuboslovie-april_1844-numbers.JPG&quot; alt=&quot;Luyboslovie N°1 - page montrant des nombres&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous savons que des caractères modernes en bulgare existent depuis 1842. Aussi, il faut noter la forme didone des nombres dans la deuxième image. L&#39;accès aux caractères modernes n&#39;était donc peut-être pas entièrement entravé, mais se procurer des caractères bulgares aurait pu être coûteux. Un autre document d&#39;archive, le N°1 de &lt;em&gt;Mirozrenie&lt;/em&gt; (tr. Regard sur le monde) imprimé en septembre 1850 à &lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Mekhitarist_Monastery,_Vienna#Scholarly_work_and_publications&quot;&gt;l&#39;imprimerie du monastère mékhitariste de Vienne&lt;/a&gt; montre un emploi de l&#39;alphabet cyrillique où j&#39;aperçois un manque de la lettre « Ѫ ». À sa place, j&#39;observe la lettre « ъ » (un Yer correspondant à sa sonorité) accentué par la diactritique «  ́ ». Cet emploi suggère que même plus tard que 1844, si l&#39;on ne pouvait pas se procurer des caractères bulgares, des solutions par contournement existaient et étaient admises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/mirozrenie-septemvri_1850.JPG&quot; alt=&quot;Mirozrenie, page de couverture du numéro 1&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#39;ailleurs, Lyuboslovie a dans son édition d&#39;août 1846 une section bilingue français-bulgare!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/lyuboslovie-avgust-1846-billingual.JPG&quot; alt=&quot;Lyuboslovie bilingue août 1846&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Un choix de la tradition&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Cette découverte me mène à l&#39;hypothèse que même avec la disponibilité de caractères modernes cyrilliques, le mensuel Lyuboslovie fit le choix stylistique d&#39;écrire en caractères &lt;em&gt;semi-ustav&lt;/em&gt;, possiblement motivé, &lt;em&gt;mais je m&#39;égare dans les suppositions&lt;/em&gt;, par un sentiment montant de nationalisme émancipateur face à l&#39;occupation ottomane, et une &lt;a href=&quot;https://bg.wikipedia.org/wiki/%D0%93%D0%BE%D0%BB%D1%8F%D0%BC_%D1%8E%D1%81#%D0%93%D0%BE%D0%BB%D0%B5%D0%BC%D0%B8%D1%8F%D1%82_%D1%8E%D1%81_%D0%B2_%D1%81%D1%82%D0%B0%D1%80%D0%BE%D0%B1%D1%8A%D0%BB%D0%B3%D0%B0%D1%80%D1%81%D0%BA%D0%B8%D1%8F_%D0%B8_%D0%B4%D0%BE%D0%BE%D1%81%D0%B2%D0%BE%D0%B1%D0%BE%D0%B6%D0%B4%D0%B5%D0%BD%D1%81%D0%BA%D0%B8%D1%8F_%D0%BF%D1%80%D0%B0%D0%B2%D0%BE%D0%BF%D0%B8%D1%81&quot;&gt;méfiance à l&#39;égard de l&#39;importation de textes écrits en russe&lt;/a&gt;. Ce lien conduit vers un paragraphe en bulgare datant de 1844 (année de sortie du N°1 Lyuboslavie) écrit par Ilarion de Makariopole. J&#39;en propose une traduction:&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;„...много полезно бы было Български-тѣ списатели дабы ся свѣстили ѿ прелесть-тѫ, въ коѭ-то сѫ паднали! И дабы ѡбърнали вниманіе-то си да изслѣдватъ Българскі-атъ языкъ, не вече въ печатаны-тѣ цьрковны книгы, (кои-то сѫ исправени по Русско-то произношеніе), но въ кожены-тѣ стары рѫкописы, въ кои-то є погребенно сѫкровище-то на днешный-атъ Български языкъ.“&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« ... il serait tès utile que les écrivains bulgares [...] tournent leur attention vers l&#39;étude de la langue bulgare, plus maintenant dans les textes ecclésiastiques imprimés (qui sont composés selon la prononciation russe), mais dans les vieux manuscrits en cuir, dans lesquels est enterré le trésor de la langue bulgare d&#39;aujourd&#39;hui. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ce qui est entre crochets, je n&#39;arrive pas à traduire avec certitude. Mais je l&#39;interprète comme « que les écrivains bulgares se reprennent. »&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Aparté: Avant de continuer, je vous suggère de faire un tour du côté des &lt;a href=&quot;https://arar.sci.am/dlibra/results?q=&amp;amp;action=SimpleSearchAction&amp;amp;type=-6&amp;amp;p=8&amp;amp;sf=Date-&amp;amp;qf1=collections:11&quot;&gt;archives d&#39;impressions du monastère mékhitariste de Vienne&lt;/a&gt;. Elles présentent une impressionnante collection de typographies arméniennes, simplement magnifiques.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h4&gt;Maturité du caractère moderne bulgare&lt;/h4&gt;
&lt;p&gt;Le premier document de la collection des publications périodiques de l&#39;archive de la Bibliothèque nationale qui soit composé en caractères modernes incluant le Ѫ bulgare est &lt;em&gt;Българскый Орел&lt;/em&gt; (Aigle Bulgare) dans son N°1 d&#39;avril 1846. En plus de proposer une image mûre de la langue bulgare (pour les critères typographiques esthétiques de l&#39;époque), la Une de ce bimensuel montre fièrement un titre rococo-esque, completé par des empattements fantasy ornés et curviformes, reprenant des motifs floraux. Même le Ѫ y est présent, ne montrant aucun signe de négligence. L&#39;impression est faite par &lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Breitkopf_%26_H%C3%A4rtel&quot;&gt;Breitkopf Härtel Verlag&lt;/a&gt;, le plus ancien éditeur de livrets de musique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/bulgarskiy_orel-1846.JPG&quot; alt=&quot;Aigle Bulgare N°1 d&#39;avril 1846&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#39;est la dernière avancée sur le cyrillique bulgare que je souhaite marquer au XIXe siècle, après laquelle je considère que progressivement, les éditeurs et imprimeurs bulgares se saisissent des caractères appropriés et arrivent à l&#39;image mûre moderne et européenne qu&#39;ils souhaitent achever.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Pendant ce temps là, nos voisins...&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La Bulgarie n&#39;est clairement pas la seule à ne pas suivre les formes typographiques massivement développées en Russie depuis l&#39;Alphabet civil. À titre d&#39;exemple illustrant la diversité orthographique cyrillique de l&#39;époque, je prends la Roumanie limitrophe. Jusqu&#39;au milieu du XIXe siècle, les manuscrits ecclésiastiques roumains sont écrits en alphabet cyrillique, le territoire étant au sein de la région où s&#39;est développé ce dernier. Les formes des glyphes suivent de près l&#39;évolution en semi-onciale et l&#39;introduction des &lt;em&gt;vyaz&lt;/em&gt; plus étroits.
Voici la page de garde du &lt;em&gt;Livre roumain d&#39;enseignements dominicaux&lt;/em&gt;, qui présente la coexistance de ces deux formes typographiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/960px-Carte_Rom%C3%A2neasc%C4%83_de_%C3%8Env%C4%83%C5%A3%C4%83tur%C4%83_.jpg&quot; alt=&quot;Carte românească de învăţătură dumenecile&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La publication en 1828 de &lt;a href=&quot;https://dspace.bcucluj.ro/handle/123456789/48391&quot;&gt;Gramatica românească&lt;/a&gt; par Ion Heliade Rădulescu, remplie de propositions pour unifier les langues roumaines, moderniser leur écriture, et créer des ponts culturels vers les autres langues romanes, prompte un changement. Ce processus long introduit au sein d&#39;une famille de langues n&#39;ayant pas encore une institution régulatrice (une Académie) des amalgamations variées entre l&#39;alphabet cyrillique et l&#39;alphabet latin, jusqu&#39;à l&#39;adoption entière en 1862 du latin comme graphie officielle de la langue roumaine. Ainsi, des propositions intéressantes peuvent être vues dans des publications du milieu du XIXe siècle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/Foaie_pentru_minte,_inima_si_literatura,_Nr._1,_Anul_1840.pdf.jpg&quot; alt=&quot;Foaie pentru minte, inima si literatura, Nr. 1, 1840&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Les lettres tombent avec les têtes&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Deux autres changements majeurs de l&#39;écriture cyrillique ont lieu à partir du XXe siècle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1917-1918, la révolution russe a comme effet secondaire la réforme de l&#39;orthographe russe. La volonté avait déjà été posée auparavant même en 1862, mais les priorités de standardisation, universalisation et simplification allaient de pair avec le programme soviétique de modernisation et industrialisation, ce qui a précipité le processus. En pratique, une langue à moins de lettres est plus facile à apprendre, mais elle est aussi moins coûteuse à imprimer, de par le nombre réduit de caractères jugés &amp;quot;redondants&amp;quot;. Ainsi, la lettre « Ѣ » se transforme en « e » et  « ъ » disparaît de la fin des mots finissant en consonne. « і » qui avait perdu sa différence de sonorité en russe devient « и », les « Ө » qui se prononçaient déjà /f/ deviennent « Ф », et « Ѵ » prise du grec devient « В » ou « И » dépendamment du son qu&#39;elle dénotait. Cette réforme est accélérée en raison du contrôle fort de toute production culturelle par l&#39;État soviétique dans les années qui suivent, mais s&#39;inscrit au large dans une tendance historique à la simplification que connaît toute société qui se modernise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Bulgarie, de sa libération jusqu&#39;au coup d&#39;état de 1944, &lt;a href=&quot;https://bg.wikipedia.org/wiki/%D0%9E%D1%82%D0%B5%D1%87%D0%B5%D1%81%D1%82%D0%B2%D0%B5%D0%BD%D0%BE%D1%84%D1%80%D0%BE%D0%BD%D1%82%D0%BE%D0%B2%D1%81%D0%BA%D0%B8_%D0%BF%D1%80%D0%B0%D0%B2%D0%BE%D0%BF%D0%B8%D1%81#%D0%98%D1%81%D1%82%D0%BE%D1%80%D0%B8%D1%8F&quot;&gt;plusieurs tentatives de réforme se succèdent (source BG)&lt;/a&gt;. Finalement, c&#39;est en 1945 que le Front patriotique mène une campagne de réforme orthographique, 	très proche de la russe de 1918. Entre d&#39;autres changements, ce sont les lettres « Ѫ » et « Ѣ » qui disparaissent, et le « Ъ » est supprimé s&#39;il est en fin de mot. Cette loi met fin, non sans critique, à une période de fortes polémiques grammaticales qui voit le « Ѣ » se transformer en étendard de l&#39;identité linguistique bulgare, quelques 60 ans après l&#39;unification d&#39;un pays longtemps occupé. Aujourd&#39;hui, s&#39;il n&#39;existe pas réellement d&#39;usage de l&#39;ancienne orthographe en guise de contestation, certains groupes organisés nationalistes et néonazis ont tendance à styliser noms et slogans par un « Ъ » décoratif en fin de lettre. Imaginez-vous donc les souverainistes français remplacer l&#39;accent circonflexe par un « S » original en guise de décoration politiquement chargée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/rants/2026-01-31-cyrillique-histoire/img/naredba-zakon-1945.jpg&quot; alt=&quot;Avis sur la loi concernant la réforme orthographique de 1945 imprimée dans un journal&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Le cyrillique bulgare, opus deuxième&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C&#39;est donc dans les années 50, dernière période évoquée dans ce billet de blog, qu&#39;un groupe de calligraphes-typographes à l&#39;Académie nationale des Beaux-arts de Sofia vont concevoir une forme nouvelle pour les lettres bulgares post-1945. Souhaitant faire mûrir l&#39;aspect du corps textuel, harmoniser le gris textuel, et donner une forme facilement reconnaissable aux minuscules, ils rejettent l&#39;idée que la minuscule est une version rétrécie de la majuscule, et ajustent la forme de certaines lettres pour créer plus de dynamisme dans le mouvement des yeux, en évitant les formes carrées. De cette proposition, nous parlerons dans un autre billet de blog, deuxième partie du même sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ai encore du travail à faire, particulièrement retrouver les  catalogues d’imprimerie montrant des sélections de caractères en cyrillique. Mais entre-temps, amusez-vous à parcourir les liens de la bibliographie (ou webographie) pour découvrir de belles formes de lettres.&lt;/p&gt;
&lt;h3&gt;Bibliographie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sans ordre particulier (bien que travaillé, cela reste un billet de blog et non une thèse), les liens suivants ont été consultés, parfois étant des doublons des liens dans le texte. Wikipédia, en guise de portail vers d&#39;autres sources, a été fièrement parcouru et corroboré, et je ne m&#39;excuserai pour rien au monde de m&#39;être appuyé sur un des seuls îlots restants du web véritablement libre.&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://newspaper.kultura.bg/bg/article/view/23494&quot;&gt;(BG) Le cyrillique bulgare comme marqueur d&#39;identité&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://www.nationallibrary.bg/www/%D0%B4%D0%B8%D0%B3%D0%B8%D1%82%D0%B0%D0%BB%D0%BD%D0%B0-%D0%B1%D0%B8%D0%B1%D0%BB%D0%B8%D0%BE%D1%82%D0%B5%D0%BA%D0%B0/&quot;&gt;(BG) Bibliothèque digitale de la bibliothèque nationale Cyrille et Méthode&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://digilib.nationallibrary.bg/prd/public/view&quot;&gt;(BG) Archives digitales des publications périodiques à la BN&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://de.wikipedia.org/wiki/K%C3%BCrzende_Graphie&quot;&gt;(DE) Kürzende Grafie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://bg.wikipedia.org/wiki/%D0%A1%D1%82%D0%B0%D1%80%D0%BE%D0%B1%D1%8A%D0%BB%D0%B3%D0%B0%D1%80%D1%81%D0%BA%D0%B8_%D1%80%D1%8A%D0%BA%D0%BE%D0%BF%D0%B8%D1%81%D0%B8&quot;&gt;(BG) Anciens manuscrits bulgares&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://library.oapen.org/bitstream/handle/20.500.12657/104667/44375.pdf?sequence=1&quot;&gt;(EN) Language and Education in Petrine Russia&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://www.jstor.org/content/pdf/oa_chapter_monograph/j.ctt1zxsjs0.6?refreqid=fastly-default%3A0c71d431954b29e201737609d7ce4b55&amp;amp;ab_segments=&amp;amp;initiator=&amp;amp;acceptTC=1&quot;&gt;(EN) The Petrine Language Reform | JSTOR&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Schweipolt_Fiol#Publishing_activities&quot;&gt;(EN) Schweipolt Fiol&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Octoechos_(liturgy)&quot;&gt;(EN) Octoethos liturgy&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.jstor.org/stable/3001048&quot;&gt;Sweipolt Fiol: The First Slavic Printer of Cyrillic Characters&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://typejournal.ru/articles/Civil-Type&quot;&gt;(RU) Гражданский шрифт и кириллический Киш | Typejournal&lt;/a&gt; - oui, d&#39;accord, boycott et tout ça.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;http://www.promacedonia.org/bdobr/ash/ash_1.htm&quot;&gt;(BG) Dans la nouvelle histoire des bulgares en Turquie&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://macedonia.kroraina.com/dr2/dr2_9.html&quot;&gt;(BG) Le destin historique des bulgares macédoniens&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Reforms_of_Russian_orthography&quot;&gt;(EN) Réformes des orthographes russes&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://www.sharpweb.org/linguafranca/wp-content/uploads/2018/06/Bulgaria.pdf&quot;&gt;(EN) Le livre bulgare - routes historiques et directions scientifiques&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://www.jstor.org/stable/4204012&quot;&gt;(EN) Bibliographie bulgare, part 1: le passé&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://www.omda.bg/public/bulg/hystory/kiriakodromion.htm&quot;&gt;(BG) Kyriakodromion, alias le livre du dimanche&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://www.loc.gov/item/76527856/&quot;&gt;(EN) Kyriakodromion, Library of Congress&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_quatre_%C3%A9vangiles_de_Targovicht%C3%A9&quot;&gt;(FR) Les quatres évangiles de Targovishte&lt;/a&gt; - et sa &lt;a href=&quot;https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Four_Gospels_of_T%C3%A2rgovi%C8%99te&quot;&gt;page d&#39;images&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://en.wikipedia.org/wiki/Theodosius_of_Sinai&quot;&gt;(EN) Théodose de Sinaï&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://www.eurochicago.com/wp-content/uploads/2021/03/White-Book-About-the-Language-Dispute-Between-Bulgaria-and-Republic-of-North-Macedonia.pdf&quot;&gt;(EN) Livre blanc sur le contentieux linguistique entre la Bulgarie et la Macédoine du Nord&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://de.wikipedia.org/wiki/Breitkopf_%26_H%C3%A4rtel#Archivbest%C3%A4nde&quot;&gt;(DE) Breitkopf &amp;amp; Härtel&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://nationalities.org/custom-content/uploads/2022/02/ASN19-R8-Whittington.pdf&quot;&gt;(EN) Alphabet Soup: Orthographic Reform under Lenin and Stalin&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://dspace.bcucluj.ro/handle/123456789/48391&quot;&gt;(RO) Gramatică românească, Ion Heliade Rădulescu&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://web.archive.org/web/20251110223734/https://olrc.ku.edu/russian_orthography&quot;&gt;(EN) The Writing on the Wall: The Russian Orthographic Reform of 1917–1918 | Internet Archive&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://archives.bnr.bg/archives/post/138/er-malkoto-na-balgarskata-pravopisna-reforma&quot;&gt;(BG) Le petit Er de la réforme orthographique bulgare&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://arar.sci.am/dlibra/results?q=&amp;amp;action=SimpleSearchAction&amp;amp;type=-6&amp;amp;p=8&amp;amp;sf=Date-&amp;amp;qf1=collections:11&quot;&gt;(EN/AR) The Mekharist Congregation Vienna Periodicals Portal&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&quot;https://gondolatkiado.hu/webshop/tortenelem-es-politologia/kozfenyt-gyarapitni-beimel-jozsef-es-kozma-vazul-pesti-nyomdajanak-tortenete-es-nyomtatvanyai/&quot;&gt;(HU) Joszef Beimel&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Tous les autres liens dans le texte ainsi que les différents documents dans les archives numérisées que vous voyez en images&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
</content>
  </entry>
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    <title>(FR) Des badges web pour un web meilleur</title>
    <link href="https://delyo.be/blog/rants/2025-12-26-web-badges/"/>
    <updated>2025-12-26T00:00:00Z</updated>
    <id>https://delyo.be/blog/rants/2025-12-26-web-badges/</id>
    <content xml:lang="en" type="html">&lt;p&gt;Vous connaissez ces badges qui figuraient souvent sur les sites web jusqu&#39;à peu après le tournant du Web 2.0 (dit des platformes)?
Ils figurent encore ici et là, plus rarement, sur des sites d&#39;internautes engagés pour une expérience web plus sympathique. Ils ont historiquement les formats 80x15 ou 80x30-38, qui se doivent à la densité de pixels inférieure sur les écrans de l&#39;époque. J&#39;en ai créé 6 (pour l&#39;instant) qui doublent le format au 160x72, pour être mieux vus sur les écrans aujourd&#39;hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une référence à la typographie post-binaire de &lt;a href=&quot;https://www.byebyebinary.space/&quot;&gt;Bye Bye Binary&lt;/a&gt;, une au Collectif des Hébergeurs·ses Alternatif·ves, Transparent·es, Ouvert·es, Neutres et Solidaires &lt;a href=&quot;https://chatons.org/&quot;&gt;CHATONS&lt;/a&gt;, une aux propositions &lt;a href=&quot;https://smolweb.org/&quot;&gt;Smol Web&lt;/a&gt; pour un Web plus léger, un appel à convivialiser le Web, un à le faire tourner sur des machiens moins puissantes, et une proposition de partage de ses outils numériques (ou autres).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans plus d&#39;interruption, voilà 6 badges web à sauvegarder et utiliser dans son site. En avant le web convivial, partagé, petit! Ces badges sont distribués sous la licence &lt;a href=&quot;https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/&quot;&gt;Creative Commons Attribution Share Alike (CC-BY-SA)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/img/web-badges/web_badge_bbb.png&quot; alt=&quot;Web Badge Bye Bye Binary&quot; /&gt;
&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/img/web-badges/web_badge_chatons.png&quot; alt=&quot;Web Badge Chatons.org&quot; /&gt;
&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/img/web-badges/web_badge_nokia.png&quot; alt=&quot;Web Badge Nokia 3310&quot; /&gt;
&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/img/web-badges/web_badge_outils.png&quot; alt=&quot;Web Badge Outils&quot; /&gt;
&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/img/web-badges/web_badge_smolweb.png&quot; alt=&quot;Web Badge Smol Web&quot; /&gt;
&lt;img src=&quot;https://delyo.be/blog/img/web-badges/web_badge_webconvivial.png&quot; alt=&quot;Web Badge Web Convivial&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;☕ Si vous aimez ces badges et vous voulez soutenir ce que je fais, n&#39;hésitez pas à &lt;a href=&quot;https://buymeacoffee.com/dobody&quot;&gt;m&#39;offrir un café!&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
</content>
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    <title>Raconter le Fedivers</title>
    <link href="https://delyo.be/blog/rants/2025-11-13-raconter-le-fedivers/"/>
    <updated>2025-11-13T00:00:00Z</updated>
    <id>https://delyo.be/blog/rants/2025-11-13-raconter-le-fedivers/</id>
    <content xml:lang="en" type="html">&lt;p&gt;Une autre sociabilisation numérique est possible. Mais comment? Sans l&#39;influx plus ou moins continu de nouveaux·elles utilisateur·ices, le réseau social fédéré n&#39;aura d&#39;autre futur que de devenir un espace niche. L&#39;entre-soi d&#39;un groupe, petit à l&#39;échelle des utilisateur·ices de réseax sociaux en général, empêcherait l&#39;aboutissement de son projet long-terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce grave? Non, bien sûr. Les humains ont assez de ressources pour trouver d&#39;autres manières de faire réseau, que ça soit par Internet ou par la circulation dans l&#39;espace public. Le Fédivers, comme tout outil, ne &amp;quot;sauvera&amp;quot; rien ni personne. Ce n&#39;est pas là l&#39;objectif d&#39;un réseau social, n&#39;en déplaise aux équipes marketing des plateformes closes qui ne cessent de promettre la révolution qu&#39;amènerait un tel produit. Et quand bien même le Fédivers allait à échouer, et nous retrouvions-nous toustes à revenir aux méga-bassines de l&#39;économie de l&#39;attention, nos vies n&#39;en perdraient pas leur sens, et ça ne serait pas signe d&#39;une défaite à jamais. Il reste important de prendre en compte les limites des &amp;quot;changements&amp;quot; à mener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, j&#39;ai bien envie de proposer une expérience différente, comme, je l&#39;imagine, la majorité qui par conviction ont fait un compte sur un quelconque serveur du Fédivers. Pour l&#39;instant encore, heureusement de moins en moins, je vois une majorité de profils qui sont (ou sommes, étant inclus dedans) relativement à l&#39;aise avec les concepts du numérique. Je crains qu&#39;on ne soit encore que dans la phase &amp;quot;early adopters&amp;quot; non pas seulement du Fédivers, mais du mode de fonctionnement qu&#39;il promeut. Des efforts sont faits constamment par des administrateur·ices d&#39;instances et des bénévoles convaincus pour rendre ces espaces plus navigables pour les non-initié·es. Mais pour les faire rester, il ne suffit pas encore d&#39;expliquer son fonctionnement par l&#39;interface d&#39;une application comme on le ferait pour TikTok ou Xitter (Twitter/X). Pour leur donner une raison de rester sur un réseau où il y a nettement moins de gens que sur les plateformes closes les plus connues, il faut un récit qui fasse appel aux convictions. C&#39;est ce que j&#39;appelle &amp;quot;raconter&amp;quot; le Fédivers. Pas loin de la manière des syndicalistes étasuniens des années 1960 de raconter leur lutte, c&#39;est un mode de partage de pensées et d&#39;expériences qui font fi des détails trop techniques, du moins avant de les amener par une métaphore plus facile à s&#39;approprier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expliquer le Fédivers à mes ami·es, c&#39;était plus dur que d&#39;expliquer Facebook et l&#39;ordinateur portable à ma grand-mère, qui d&#39;ailleurs se débrouille toujours à merveille avec ces outils. La comparaison serait plutôt de l&#39;ordre de raconter les dossiers et les fichiers à quelq&#39;un·e qui n&#39;a jamais eu q&#39;un smartphone. Pour l&#39;instant, la technique la plus déployée semble être celle du réseau e-mail. Les instances d&#39;applications ActivityPub ont cela de commun avec les services de boîte mail que l&#39;on a la liberté de choisir où s&#39;installer. Si la métaphore des courriels peut aider à cerner la gueule de l&#39;infrastructure déployée, elle perd vite son sens quand on doit s&#39;imaginer une communication qui n&#39;est pas du un-à-un. Sans oublier que premièrement, les mails sont largement relégués au second plan pour la communication informelle, et deuxièmement, une gigantesque part des nouvelles boîtes mail sont créées sur Gmail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expliquer le Fédivers à travers le mot-clé &amp;quot;fédéré&amp;quot; et pousser le concept de mutualisation par la décentralisation ne parle que peu à celleux qui ne se sont pas confronté aux propositions de décentralisation politique, souvent entendues en milieux libertaires. De là à raconter le choix d&#39;une application ou d&#39;une autre, que ça soit l&#39;application client ou celle du serveur, et promouvoir l&#39;abstraite &amp;quot;liberté&amp;quot; que cela donne, je vous laisse deviner à quel point est-ce facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Utiliser un ordinateur est devenu relativement facile, du moins par rapport à une certaine expertise que demandait un ordinateur dans les années 90 et plus tôt. On s&#39;en réjouit d&#39;un côté, puisqu&#39;il permet à beaucoup d&#39;avoir accès à certains grands bénéfices du numérique (et encore, il y a une grande disparité d&#39;accès numérique à l&#39;échelle mondiale). D&#39;un autre côté, la simplification de l&#39;interaction humain-machine a apporté des niveaux d&#39;abstraction et donc d&#39;opacité au fonctionnement interne de cette dernière. Le prêt-à-l&#39;emploi des outils numériques a restreint les imaginaires des modes d&#39;organisation possibles par Internet. J&#39;ai donc eu droit à cette question: « Pourquoi sur Mastodon moi c&#39;est juste arobase + mon pseudo alors que toi c&#39;est @dobody@mastodon.design ? », alors même que je pensais avoir suffisamment raconté ce que représente la fédération.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux récits visant les convictions de certaines, ou qui mettent en avant le pourquoi-faire, la moitié du chemin vers le fait de convaincre quelqu&#39;un est déjà fait: tout le monde dit détester Instagram. Pour Facebook et Xitter, n&#39;en parlons pas. Personne ne saute de joie à l&#39;idée de voir ses données aspirées par une des plus grandes entreprises techno-féodales. &amp;quot;Je scroll&amp;quot; est devenu un verbe-substitut de &amp;quot;je m&#39;emmerde&amp;quot;, et on s&#39;étonne sans arrêt de l&#39;effet psychologique de la consommation de vidéos courtes. Bref, tout le monde veut s&#39;en extirper, du moins à un certain degré. On s&#39;accorde sur le fait que ce comportement nocif doit cesser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la réponse prédominante à la &lt;a href=&quot;https://craphound.com/category/enshittification/&quot;&gt;merdification&lt;/a&gt; est celle d&#39;un retrait total du numérique. J&#39;en ai déjà parlé dans mon article &lt;a href=&quot;https://www.delyo.be/blog/rants/2024-12-15-the-web-is-dead/&quot;&gt;The Web is dead.&lt;/a&gt; mais permettez une répétition. Du téléphone à touches dans la poche de plus en plus d&#39;étudiant·es au refus d&#39;utiliser son ordinateur pour écrire ou créer, la désillusion que le Big Web (et le Big Tech) crée est résolue par un rejet du pixel, par un renfermement du clapet d&#39;ordinateur. Pourquoi dis-je &lt;em&gt;le pixel&lt;/em&gt;? Puisque la réflexion va rarement plus loin. Et bien sûr qu&#39;elle n&#39;irait pas bien loin, si ce que je dis deux paragraphes plus haut est vrai. Cependant, le pixel envahissant notre quotidien, de l&#39;écran grandissant des smartphones à l&#39;affichage publicitaire, n&#39;est qu&#39;un symptôme. Je ne peux que me réjouir du scepticisme face au numérique, mais est-ce assez? Délaisser le numérique de notre vie personnelle pour qu&#39;il fasse monde ailleurs promet un retour de bâton. Il sera quand même là dans les banques, au boulot, dans nos institutions publiques, et finira par nous coincer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vision du monde-&amp;gt; stratégie -&amp;gt; tactique -&amp;gt; optique&lt;/strong&gt;. La vision du monde souhaité, c&#39;est celle d&#39;un numérique facultatif, aidant, convivial et humain. La stratégie, c&#39;est de réduire l&#39;étendue et la pression du secteur TIC (Technologies de l&#39;information et de la communication), y compris le cloud et les plateformes de type « jardin clos ». Laissons l&#39;optique de côté pour nous concentrer sur la tactique: en ce moment précis et dans le futur proche, que faire? Quand je raconte le Fédivers, je le présente justement comme un des moyens tactiques pour répondre à tout ça. Il y a d&#39;autres tactiques: pression sur les plateformes en faisant un &amp;quot;blackout&amp;quot; (qui tourne trop souvent mal), publication de matériaux anti-réseaux sur ces mêmes réseaux, déplacement d&#39;organisations à grande audience en dehors des plateformes (ce qui signifie faire face à la peur de disparaître), etc. Je propage les idées du Fédi puisque le numérique, Internet, le Web, peuvent aussi être merveilleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La première moitié du « pourquoi faire ? » est gagnée. La suite est compliquée. Où va-t-on si ce n&#39;est plus sur Instagram, et pourquoi aller sur un réseau plutôt qu&#39;un autre? De Xitter, beaucoup ont déménagé vers Bluesky, quand iels auraient pu aller sur Mastodon. Faute de bonne communication de notre part? En plus de l&#39;incompréhension technique face au Fédivers, les utilisateur·ices ont du mal à comprendre en quoi un réseau centraliser est particulièrement propice à se merdifier, voire à devenir dangereux. Iels ne comprennent pas pourquoi on devrait se regrouper de manière si compliquée par des sites multiples. Et iels restent donc sur les silos numériques. La difficulté reste ici de réussir à convaincre des personnes non-initiées à la technologie de faire quelque chose de plus compliqué techniquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Fédivers n&#39;est pas difficile à utiliser. S&#39;inscrire ne prend que quelques clics, interagir ne demande pas de taper des commandes menaçantes, et trouver du contenu ou des matériaux qui nous intéressent n&#39;implique pas non plus une recherche très profonde. Le Fédivers est difficile à concevoir, à se dessiner en image mentale. Je pense que c&#39;est pour cela qu&#39;il est si peu investi, face aux solutions centralisées qui ne cessent d&#39;apparaître en tant que startups pleines d&#39;espoir avant de se casser la tronche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n&#39;ai pas la réponse à la question de comment raconter le Fédivers. Et probablement, d&#39;autres personnes ont plus d&#39;expérience dans ce domaine. Mais pour en parler, il faut que l&#39;on sache quels en sont les points plus difficiles à aborder. Tout le monde n&#39;a pas besoin de savoir ce qui se cache sous le capot d&#39;ActivityPub, mais tout le monde devrait savoir &lt;em&gt;pourquoi&lt;/em&gt; c&#39;est différent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour finir, passez le guide &lt;a href=&quot;https://timothee.goguely.com/bienvenue-dans-le-fedivers/&quot;&gt;Bienvenue dans le Fédivers&lt;/a&gt; à vos proches, ou &lt;a href=&quot;https://timothee.goguely.com/bienvenue-dans-le-fedivers/pdf/bienvenue-dans-le-fedivers-A4-booklet-A5.pdf&quot;&gt;imprimez-le en livret&lt;/a&gt; pour l&#39;introduire à certains endroits-clés. TImothée et moi avons fait de notre mieux pour en donner les bases et en faire une lecture agréable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courage!&lt;/p&gt;
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